Jeudi 10 novembre 4 10 /11 /Nov 17:44

 

Nawba arabo-andalouse et âla  marocaine

 

L'Ensemble Temsamani de Tétouan

En concert à l'IMA

Le 4 Novembre 2011

2e partie

 

 

Zainab Afailal chante un poème soufi :

qad kountou ahsibou anna waslaka youchtara:

 

قد كنت أحسب أن وصلك يشترى     بنفائس الأموال والأرباح

وظننت جهلاً أن حبك هين              تفنى عليه كرائم الأرواح

حتى رأيتك تجتبي وتخص من               تختاره بلطائف الأمناح

فعلمت أنك لا تنال بحيلة                 فلويت رأسي تحت طي جناح

وجعلت في عشِّ الغرام إقامتي               فيه غدوي دائماً ورواحي

   

Je croyais qu'on pouvait acheter ton amour
Avec les fortunes et les biens les plus précieux
Par ignorance, je croyais que ton amour était facile à obtenir
Jusqu'à ce que je m'aperçoive que tu choisis
celui à qui tu réserves tes dons les plus subtils
J'ai compris alors que l'on ne pouvait obtenir ton amour par la ruse
J'ai caché ma tête sous la protection de Ton aile
et j'ai établi ma demeure dans le nid de l'Amour
Et c'est là que je résiderai à jamais.
Essai de traduction: Saadane Benbabaali

 

La ‘âla représente la tradition classique de la musique marocaine. Elle est issue, comme le malûf tunisien ou la san‘a algérienne du patrimoine musical arabo-andalou. Les maîtres actuels de la musique andalouse sont les héritiers de l’illustre Ziryâb[1], musicien hors pair, disciple d’Ishâq al-Mawsilî[2]. Celui dont le surnom signifie le « Merle noir », s’installa en terre d’al-Andalus au début du 9e siècle et fut à l’origine du système musical qui, après de multiples élaborations et réajustements, fut transmis au Maghreb par les Andalous musulmans chassés d’Espagne. La ‘âla se pratique dans plusieurs écoles dont les plus connues, au Maroc, sont celles de Fès, de Tétouan, de Rabat et de Tanger. Elle comprend un répertoire divisé en nawbâtes dont 11 sont encore connues sur les 24 qui existaient à l’origine.

 

La nawba, désignée par le nom du mode (tab‘) dans lequel elle est jouée,  est une suite de pièces instrumentales et vocales[3]. Celles-ci s’ordonnent selon cinq phases ryhtmiques (miyâzen, sing. mizân) à mesures différentes dont les caractéristiques sont les suivantes :

-       Al-bsît composé de six unités de temps avec un accent mis sur les premier, deuxième et cinquième temps ;

-       Al-qâ’im wa nisest un rythme à huit unités avec des accents portant vers les premier, quatrième et cinquième temps ;

-       Al-b’tayhi à huit unités réparties en 3+3+2 temps avec des accents désormais sur le premier, quatrième et septième temps ;

-       Al-darj repose sur quatre temps avec syncope prolongée sur deux noires ;

-       Al-quddâm est un rythme simple à trois temps devenant ternaire à deux temps à la phase insirâf.

 

La nawba débute généralement par un prélude instrumental non rythmé qui lui est propre appelé mshâliya. Il s’agit d’une série de phrases musicales qui résument les thèmes essentiels du mode et installent l’auditeur dans l’univers particulier du tab’ (mode, tempérament, humeur)

Par ailleurs, chaque phase rythmique de la nawba forme elle-même un ensemble débutant par une bughya (prélude), une ouverture instrumentale (shiya) et parfois d’un distique chanté (baytayn ou inshâd). Lors de l’inshâd, le chanteur soliste est soutenu discrètement et sans rythme par un ou plusieurs instruments. Ce moment constitue pour lui l’occasion de réaliser ses prouesses vocales et d’établir un« dialogue » avec le public des connaisseurs qui laissent alors s’exprimer toute leur émotion.

Ensuite les percussions entrent en jeu et commence la série des chansons (san‘ât), strictement rythmées et menées sans interruption jusqu’à la fin du cycle.

 

L’ensemble andalou est tenu de respecter l’unité de rythme et de mode. En outre, chaque phase rythmique doit respecter la continuité dans l’exécution. Pour empêcher la monotonie, de s’installer, les musiciens opèrent une accélération d’une manière insensible à partir de certains points et entre certaines limites.

 

Une phase rythmique comprend les étapes suivantes :

1.    La tasdîra qui est la première chanson de mouvement assez lent et majestueux. C’est elle que les connaisseurs recherchent à cause des pièces de choix qu’elle offre;

2.    Les san‘ât muwassa‘aqui sont une série de chants dont le tempo s’accélère graduellement ;

3.    Al-qantara al-ûlâ ou premier « pont ». c’est une chanson dont le mouvement est une transition vers le rythme rapide ;

4.    Un intervalle constitué par une ou plusieurs chansons (inshâd ou mawwâl). Il s’agit le plus souvent d’un solo vocal ponctué par les solos des divers instruments ;

5.     Al-qantara al-thâniyâ ou deuxième « pont » qui marque le passage vers la phase la plus rapide ;

6.    L’insirâf, qui est la phase allègre et dansante que le large public affectionne particulièrement. Elle va en s’accélèrant de plus en plus jusqu’au chant de clôture (al-qfal).

 

Tous droits réservés

Saadane Benbabaali

Livret musique de Tetouan, IMA



[1] Il s’agit d’Abû al-Hasan ‘Alî Ibn Nâfi‘ (789-857).

[2] Musicien officiel du calife abbaside Harun al-Rashîd (786-809), il dirigea le grand « conservatoire » fondé par le souverain à Baghdad.

[3] Cf. Chottin (Alexis): Tableau de la musique marocaine, P. Geuthner, Paris, 1938.

 

Par Adab arabi - Publié dans : poèmes andalous
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 7 novembre 1 07 /11 /Nov 15:32

 

 

 

Le 4 novembre 2011 L'Institut du Monde arabe a accueilli  avec l’ensemble Mohammed Larbi Temsamani sous la direction de Mohamed Amine El Akrami

 

 


Issu du Conservatoire national de musique de Tétouan, l’orchestre des Andalous de Tétouan, fondé en 1956 par le professeur et grand maître Mohamed Larbi Temsamani (1920-2001), a participé à de nombreux événements culturels au Maroc, en France, en Angleterre, en Espagne, en Russie et dans plusieurs pays arabes. Mohamed Larbi Temsamani a travaillé à l’unification de la san’a (littéralement : métier, un style également développé par l’école andalouse d’Alger) et à son enrichissement par l’introduction de voix féminines et de jeunes talents.



Zainab-Afailal.jpg

À l’image de Mohamed Amine El Akrami, qu’il découvre en 1968 lors d’une soirée retransmise par la télévision marocaine, et auquel il ouvre aussitôt les portes du conservatoire de Tétouan. El Akrami fit partie du prestigieux orchestre en 1974, au côté de grands maîtres comme Abdessadak Chakara, Ahmed Chentouf, Mokhtar Mfarej et bien d’autres. En 2001, après la disparition de Temsamani, il est nommé directeur offi ciel de l’orchestre, rebaptisé, en hommage, du nom du professeur.

Par Adab arabi - Communauté : Littératures du monde - Publié dans : poèmes andalous
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 10 octobre 1 10 /10 /Oct 17:50
L’annonciation dans le Coran

« Et quand les anges dirent : « Ô Marie! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’une Parole de Sa part. Son nom sera le Messie, Jésus, fils de Marie, illustre en ce monde comme dans l’au-delà et l’un des rapprochés (de Dieu). Il parlera aux gens dès le berceau. Et en son âge mûr, et il sera du nombre des vertueux. » Elle dit : « Seigneur! Comment pourrais-je avoir un enfant alors qu’aucun homme ne m’a touchée? »


L'épisode de l'Annonciation  vu par le grand soufi Rumi
gravure-20dore-20bible-20--20l-20annonciation.jpg


Devant l'apparition d'une surhumaine beauté
أمام بزوغ جمال لا يضاهي
Devant cette Forme qui fleurit du sol comme une rose devant elle
أمام هذه الصورة التي تزهر من الأرض كوردة أمامها
Comme une image levant la tête hors du secret du coeur
كصورة ترفع رأسها خارج سر القلب
Maryam hors d'elle même cherche refuge en la protection divine, mais l'ange de lui dire،
فتسعي مريم مفزوعة بحثا عن حماية الرب. غير أن الملك يبادرها قائلا
Devant ma Forme visible, tu fuis dans l'invisible...:
تهربين نحو الغيب من أمام صورتي المحسوسة
En vérité mon foyer et ma demeure à moi, sont dans cet invisible..
فبيتي ومطرحي بحق في ذلك الغيب
Ô Maryam,! regarde bien car je suis une Forme difficile à percevoir
يا مريم انظري فأنا صورة عسيرة علي التأمل.
Je suis nouvelle lune et je suis Image dans le coeur
أنا الهلال والصورة في القلب
Quand une image vient dans ton coeur et s'y établit
حين تستقر صورة في قلبك
En vain fuirais-tu, cette image restera en toi
لا مجال للهرب فالصورة في قلبك باقية
،À moiuns qu'elle ne soit image vaine et sans substance
إلا إذا كانت صورة بلا جدوي ولا جوهر
،s'enfonçant et disparaissant comme une aurore mensongère
تنغرس وتختفي كفجر كاذب
Mais je suis pareil à la véritable aurore, je suis la lumière de ton Seigneur
لكني كالفجر الحقيق نور ربك
Car aucune nuit ne rôde autour de mon jour...
فلا ليل يحوم حول نهاري
Tu prends refuge contre moi en Dieu,
تستجير مني بالحق
Je suis de toute éternité l'image du seul refuge،
فأنا أبدا صورة الملجأ الوحيد
je suis le refuge qui fut souvent ta délivrance
أنا الملجأ الذي كان دوما خلاصك
Tu prends refuge contre moi et c'est moi le refuge،،
تستجير مني وأنا ملجؤك
Djalal Eddin Rûmi, Mathnawi, Livre 3.

 

extrait deالخيال الخلاق في تصوف ابن عربي 

Texte français: Henry Corbin


24037.jpg

 

عنوان الكتاب:
الخيال الخلاق في تصوف ابن عربي
المؤلف:
هنري كوربان
المترجم:
فريد الزاهي
الموضوع:
دين إسلامي وأديان العالم/دين إسلامي/تصوف إسلامي
الناشر:
كولونيا - منشورات الجمل
عام النشر : 2008 الطبعة: 1
القياس:
21x14 سم
عدد الصفحات: 362
السلسلة:  
رمز التصنيف:
دص  51
 
Par Adab arabi - Communauté : Littératures du monde - Publié dans : Livres
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 30 septembre 5 30 /09 /Sep 22:36

        ’alâ al-qatî’ idjtama’nâ

 على اقطيع اجتمعنا     أنا و واحد الغزال

والساقي يسقي الينا     مدام من ماء الدوال

 والكأس دار علينا     وحبي جالس قبالي

 

Pour partager une coupe,

J’ai pris rendez-vous avec une gazelle ;

L’échanson nous versait un vin

Issu des veines de la treille ;

Avec ma belle à mes côtés,

Nous dégustions la coupe qui tournait.

 

وخلع عني العذار     من حيا قلبي الكئيب

وانقبل باختيار      ذلك الخد العجيب

Ôtant son voile et toute pudeur

A mon cœur attristé,

Elle a offert à mes baisers

Ses joues, ô merveille !

 

آه ياقلبي ترحب                       على الحبيب قد أتاني

واشرب شرابك مرتب            واملا القطيع واخلالأواني

واغنم الدهر بواجب                  واسكر وطب مع الحسان

بين الورد والبهار                    والياسمين على الترتيب

وانقبل باختيار                                 ذلك الخد العجيب

 

 

Ô mon cœur accueille le bien-aimé

Qui te rend visite

Bois ton vin avec méthode

Remplis la coupe, puis vide-la !

Profite de l’instant que t’offre la vie

Bois, goûte à l’ivresse et à la joie avec les belles !

Parmi les roses, le narcisse et le jasmin,

Elle a offert à mes baisers

Ses joues, ô merveille !

 

traduction Saadane Benbabaali

Par Adab arabi - Communauté : Littératures du monde - Publié dans : poèmes andalous
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 27 septembre 2 27 /09 /Sep 21:23

Voici un petit poème chanté dans la tradition andalouse maghrébine. Après le texte arabe, j'en donne la traduction et un commentaire

 


‎الــــفــجـــر قـــــــد لاح              قــــم اســقـنــا خـمــــرا
‎يــــا سـاقــي الـمـــــلاح                فــــي الــكـــاس فـجـرا
‎مــــن تــحــت اللـقــــاح               و رقــيــبـــــــي بـــــرا

‎قــــم صـفـف القطـعـان               الـــشـــــرب يـحـلالـي
‎أنــا مــــــع الغـــــزلان                فــي الحــل والحلـل *

‎اســــــق يــــا نـديــــــم                بــيــــن الـــســـواقـــي
‎و دعـــنـــي نــهــيـــــم               و اســقــيــني يا ساقـي
‎و ربـــــــي رحـــيـــــم                و الــســتـــــر بــاقــي

‎قــــم صــفـف القطعـان               الـــشــــرب يـحـلالـي
‎انـــــا مــــع الـغـــزلان                 فـــي الحل و الحلـل
‎ـinstant


al-fadjru qad lâh


L’aube point, lève-toi et sers donc à boire!
Sers les belles dans des coupes d’argent
À l’ombre des rameaux en bourgeons
Pendant que l’espion est loin de nous
Lève-toi et aligne les coupes!
Il m’est si doux de boire avec les gazelles
Parées de leurs plus beaux atours.

Ô commensal, sers-nous donc à boire
Parmi les cours d’eau
Laisse-moi aimer éperdument
Et sers encore à boire
Dieu est miséricordieux
Et de Son voile il nous couvrira.
Lève-toi et aligne les coupes
Il m’est si doux de boire avec les gazelles
Parées de leurs plus beaux atours.

printemps

 


 


 

Commentaire

 

Réveil/ ivresse/ éveil

 

L’aube point.

Un appel est lancé pour réveiller le compagnon qui dort et le sortir de son sommeil.

Le réveiller pour servir à boire.

Une apparente contradiction entre l’invitation à l’éveil et la demande de servir à boire.

Il s’agirait donc d’une boisson qui ne fait pas perdre la conscience mais qui l’aiguise. L’ivresse matinale dont il s’agit est semblable à celle promise aux bienheureux dans le paradis céleste : elle ne procure que des bienfaits et ne comporte aucun désagrément.

La durée de l’événement est la durée de l’éveil.

 

Personnages :

L’appel s’adresse à un compagnon qui s’est assoupi. Il est invité à servir à boire et devient par là même l’échanson habituel de ce genre de situation.

Les compagnons sont des commensaux sont désignés par le terme milâh : des personnes belles raffinées et d’agréable compagnie. Des personnes dont on savoure la présence. Dans milâh, il y a milh (sel : qui donne du goût et de la saveur).

Ils sont servis dans des coupes d’argent, dignes de leur rang et de leur valeur.

 

Lieu :

Al-liqâh suggère un décor champêtre. Le mot choisi sert à évoquer toutes les fleurs et les plantes au moment de leur floraison ou de leur éclosion.  Nous sommes au printemps dans la saison du renouveau. Le poète, en se limitant à ce seul terme renonce à la répétition des minutieuses descriptions habituelles dans ce genre de poésie. Le lecteur/auditeur auquel s’adresse ce genre de poème est dans un univers dont les éléments lui sont connus grâce aux autres poèmes du genre qui se répondent ainsi les uns les autres dans un répertoire qui accueille un mode d’expression bien défini. Ainsi les poèmes se font écho et s’éclairent mutuellement. Certains sont extensifs et offrent de longues descriptions, d’autres sont plus concis se contentant du strict nécessaire.  

 

L’évocation du raqîb, cet espion chargé d’épier les amants, est également très brève. Ce dernier est souvent l’objet de la dérision et du sarcasme de l’amoureux. Le poète l’évoque pour dire que les amants sont à l’abri de ses instigations et de sa surveillance. Pendant que ces derniers sont réunis, il se trouve loin d’eux. Mais l’utilisation du terme barra est assez curieuse car les retrouvailles des amoureux ont lieu à l’extérieur, dans un jardin. Il semble alors que le poète utilise ici une formule toute faite à moins qu’il ne veuille signifier que l'espion est à l’extérieur de l’univers paradisiaque où évoluent les amants. Le terme permet d’établir une sorte de barrière entre le monde des amoureux et celui des ennemis de l’amour.

 

Répétition de l’appel à l’ivresse. Une ivresse agréable qui procure de la joie et qui est vécue sans remords ni culpabilité.

 

Les belles qui réaparaissent sous la forme de gazelles que le poète humanise en les parant de bijoux et d’habits somptueux.

Par Adab arabi - Communauté : Littératures du monde - Publié dans : poèmes andalous
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Merci de votre visite

Vous venez d'entrer dans un Blog consacré aux plus beaux textes de la littérature arabe classique et moderne. Nous avons inauguré cet espace avec des poèmes chantés en donnant la traduction en français de ces textes. Nous continuerons dans les jours à venir à l'alimenter avec de belles pages du patrimoine littéraire arabe. Tous vos commentaires et propositions seront les bienvenus.

 

calligraphie-arabe-ibn-arabi-1.jpg

Recherche

Calendrier

Juillet 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés