Amin Zaoui, la littérature arabe et le bilinguisme

Publié le par Adab arabi

 

 

DSC04680.jpgLe département de littérature arabe à la faculté des lettres d’Alger-Centre a reçu,(...) l’écrivain bilingue, extrêmement moderne dans son propos et subversif par ses thématiques, Amin Zaoui. Il a répondu à ses détracteurs aux idées rétrogrades qui lui reprochent son bilinguisme.

Amin Zaoui a, le temps d’une rencontre avec les enseignants et les étudiants, expliqué son rapport à l’écriture, aux langues arabe et française, et la place de l’intellectuel dans la société et dans le cercle très fermé, voire verrouillé de la culture.
Avant d’évoquer ses deux romans, la Chambre de la vierge impure (éditions Barzakh) et Chareê Ibliss (éditions Ikhtilef), Amin Zaoui a entamé la rencontre par sa riche expérience de bilingue. En effet, le bilinguisme a sauvé la vie de plusieurs écrivains et penseurs et le bilinguisme a permis à Zaoui de s’ouvrir sur les expériences et les pratiques de l’autre. “Dans le passé, il y avait des auteurs qui cultivaient et protégeaient leur double appartenance, notamment Djamel Eddine Bencheikh. Pour ma part, je ne peux concevoir un intellectuel ou un penseur monolingue”, a-t-il estimé.

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Car le bipluriliguisme est indéniablement une ouverture sur la culture de l’autre. L’être éminemment social, tout comme la langue d’ailleurs, a beaucoup de choses à apprendre de l’autre. Et les exemples éloquents ne manquent pas, ici ou ailleurs, notamment Waciny Laredj, Amin Malouf, Samuel Beckett, Jibran Khalil Jibran.
La dimension humaniste de ces auteurs est très importante, et ce sont ce biculturalisme et cette double appartenance qui leur ont permis d’accéder à l’universalité et à la modernité avec une part d’éternité. Amin Zaoui ajoute à propos de son écriture : “Quand j’écris en arabe, on entend la langue française et inversement. Je cherche à rendre la langue de l’autre hospitalière. C’est ce que j’appelle l’hospitalité des langues.”

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De sa riche expérience de la pratique de l’écriture dans les deux langues, Amin Zaoui a constaté plusieurs points : “J’ai malheureusement senti que la langue arabe et le microcosme littérature n’ont pu créer un lecteur. Car ces derniers lisent pour l’auteur et non l’œuvre pour elle-même et par elle-même. Aussi, les gens achètent-ils certains livres pour décorer leur bibliothèque et non pour bâtir des ponts entre le texte et les clins d’œil qu’il fait. Et je suis arrivé à la conclusion que le lectorat francophone est beaucoup plus important”, a-t-il constaté.
 Il lancera ensuite une sentence qui tombera tel un couperet : “L’intellectuel arabophone est fainéant. Il y a des initiatives mais ce sont des expériences et des cas isolés.” Cette phrase lui vaudra des réactions de désapprobation et des commentaires rétrogrades même de la part d’enseignants au département des lettres arabes. Un universitaire lui reprochera même son bilinguisme et son intérêt pour la dénonciation des non-dits et des tabous dans la société. Mais Amin Zaoui a répondu à ses détracteurs avec leurs symboles, en déclarant : “Je me sens plus proche de la pensée d’Ibn Rochd, Al Djahid,

 

Kiki.jpgIbn Hicham et Al Ghazali, que de ceux qui se réclament aujourd’hui du courant moderniste. Car, pour moi, c’est une question de conscience et de possession de notre patrimoine.” Amin Zaoui ne cède donc pas à la facilité et refuse que son écriture soit un effet de mode ou qu’elle tombe dans l’océan de l’oubli, il veut faire une œuvre atemporelle qui épouse les causes justes, qui se réfère aux symboles de la société, qui cherche des réponses dans le passé et dans le présent, et qui regarde l’autre pour accepter son propre reflet dans le miroir. Le corps, la sexualité, la triche, la tromperie sont les thèmes de prédilection d’Amin Zaoui qui cherche par l’écriture à dire les non-dits, rompre le silence et accompagner le lecteur dans sa quête pour devenir un être sinon meilleur, en tout cas plus humain.

 

Source: Quotidien algérien : Liberté


Photos: Saadane Benbabaali

1. Amine Zaoui interrogé par Karim Amiti après la sortie de la Chambre de la vierge impure (éditions Barzakh)

2. Ma rencontre et propos sur la littérature avec Amine Zaoui à l'Espace Noun

3. Nacéra Saidi, à l'Entrée de l'Espace Noun qu'elle anime magistralement avec Kiki

4. Une belle rencontre avec Kiki, co-animateur de l'Espace Noun


Adresse:

Librairie-Galerie Espace Noun : 9, rue Chaabani, (ex-Rabah Noel), Alger.

 

 

Fermeture de l’Espace Noun : la mort du livre
Par : Amine Zaoui

Les lieux réservés aux livres, selon Cheikh Al Akbar Ibn Arabi, demeureront les frères jumeaux des paradis. C’est ce couple plein d’énergie et d’amour au livre qui a donné vie et parfum à ce petit lieu appelé “Espace Noun”. Nacéra Saadi et Kiki, deux fous de la littérature et de l’art, ont transformé la rue Colonel Chaâbani en un lieu de rendez-vous d’intellectuels algérois et algériens. “Espace Noun” a volé son nom de la lettre arabe “Noun” qui est le significatif de la femme. Mais aussi “Noun” est la lettre que Dieu a utilisée pour témoigner et jurer. “Espace Noun” est une librairie-galerie, petite en espace, quelques mètres carrés, mais géante dans le rêve et grande par les amis. Par  la mort programmée de l’“Espace Noun”, situé dans la rue Chaâbani, Alger, perdra une partie de son âme. Par la fermeture de “Espace Noun”, le colonel Chaâbani mourra une deuxième fois. Lui qui était, sans doute, content de voir son nom jumelé à ce lieu de livre et d’art. Encre savante et sang martyr !  Aujourd’hui Chaâbani est triste. Blessé ! Et quand les martyrs sont blessés dans leur confortable mort, l’âme souffre. Saigne. Nacéra et Kiki mènent depuis une décennie un combat noble, celui de chercher à rendre le plaisir du livre une quotidienneté algéroise et algérienne. C’est difficile de “parler livre et lecture” dans ce temps où la “pizza” et  “Quick” avancent, sans merci, dans les têtes et sur tous les fronts. Mais ce couple, sans relâche, sans fatigue, nous apprend que “la poésie et le roman” ont leur force magique. Par leur courage, leur amour, Nacéra et Kiki nous enseignent la plus profonde leçon : “la poésie est capable de vaincre la pizza”. Il y a de cela quelques années, le couple mordu de la lettre “Noun”, avec tout ce que cette lettre dégage de symbolique, avait dressé leur tente “Espace Noun” dans l’ex rue-Debussy, avant que le propriétaire récupère son magasin. Resté fermé jusqu’à nos jours. Un défi, quelque temps après, et le couple dressa sa “tente” dans la rue Chaâbani. Deux nomades en pleine cité, au centre d’Alger. “Espace Noun” était, depuis sa création, un lieu de débat, un rendez-vous, une destination d’un lectorat averti et d’intellectuels : écrivains, peintres, photographes, dramaturges… tribu des lettres et arts. Accueillis, dans “Espace Noun”, on est sous le toit d’une maison de respect, d’échange, de différence et de convivialité. Cet espace était plus grand que “vendre ou acheter” un livre. Il fut un lieu pour “vivre” le livre. Pour respirer le parfum “Culture”. Et parce que le livre est le garant de la culture de la citoyenneté, dès qu’une librairie meurt dès qu’un espace réservé au livre s’éclipse, il faut crier haut et fort : en tant que gardien de la citoyenneté, l’État doit jouer son rôle pour le respect et la préservation de ces espaces nobles. “Espace Noun” est mort, assassiné, cela signifie que sur nos têtes, sur Alger, la nuit est tombée à midi. Malédiction !
A. Z.
Aminzaoui@yahoo.fr
Source : Liberté du 22 juillet 2010


Publié dans Livres

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boutemen 03/01/2016 13:39

bonjour,
bilinguisme oui mais avec l'arabe parlé par le peuple et non par cette langue orientale qui n'est parlée et comprise que par les politiques, comme la latin au moyen age qui ne touchait que les lettrés. cordialement