Amour et ivresse:الــــفــجـــر قـــــــد لاح

Publié le par Adab arabi

Voici un petit poème chanté dans la tradition andalouse maghrébine. Après le texte arabe, j'en donne la traduction et un commentaire

 


‎الــــفــجـــر قـــــــد لاح              قــــم اســقـنــا خـمــــرا
‎يــــا سـاقــي الـمـــــلاح                فــــي الــكـــاس فـجـرا
‎مــــن تــحــت اللـقــــاح               و رقــيــبـــــــي بـــــرا

‎قــــم صـفـف القطـعـان               الـــشـــــرب يـحـلالـي
‎أنــا مــــــع الغـــــزلان                فــي الحــل والحلـل *

‎اســــــق يــــا نـديــــــم                بــيــــن الـــســـواقـــي
‎و دعـــنـــي نــهــيـــــم               و اســقــيــني يا ساقـي
‎و ربـــــــي رحـــيـــــم                و الــســتـــــر بــاقــي

‎قــــم صــفـف القطعـان               الـــشــــرب يـحـلالـي
‎انـــــا مــــع الـغـــزلان                 فـــي الحل و الحلـل
‎ـinstant


al-fadjru qad lâh


L’aube point, lève-toi et sers donc à boire!
Sers les belles dans des coupes d’argent
À l’ombre des rameaux en bourgeons
Pendant que l’espion est loin de nous
Lève-toi et aligne les coupes!
Il m’est si doux de boire avec les gazelles
Parées de leurs plus beaux atours.

Ô commensal, sers-nous donc à boire
Parmi les cours d’eau
Laisse-moi aimer éperdument
Et sers encore à boire
Dieu est miséricordieux
Et de Son voile il nous couvrira.
Lève-toi et aligne les coupes
Il m’est si doux de boire avec les gazelles
Parées de leurs plus beaux atours.

printemps

 


 


 

Commentaire

 

Réveil/ ivresse/ éveil

 

L’aube point.

Un appel est lancé pour réveiller le compagnon qui dort et le sortir de son sommeil.

Le réveiller pour servir à boire.

Une apparente contradiction entre l’invitation à l’éveil et la demande de servir à boire.

Il s’agirait donc d’une boisson qui ne fait pas perdre la conscience mais qui l’aiguise. L’ivresse matinale dont il s’agit est semblable à celle promise aux bienheureux dans le paradis céleste : elle ne procure que des bienfaits et ne comporte aucun désagrément.

La durée de l’événement est la durée de l’éveil.

 

Personnages :

L’appel s’adresse à un compagnon qui s’est assoupi. Il est invité à servir à boire et devient par là même l’échanson habituel de ce genre de situation.

Les compagnons sont des commensaux sont désignés par le terme milâh : des personnes belles raffinées et d’agréable compagnie. Des personnes dont on savoure la présence. Dans milâh, il y a milh (sel : qui donne du goût et de la saveur).

Ils sont servis dans des coupes d’argent, dignes de leur rang et de leur valeur.

 

Lieu :

Al-liqâh suggère un décor champêtre. Le mot choisi sert à évoquer toutes les fleurs et les plantes au moment de leur floraison ou de leur éclosion.  Nous sommes au printemps dans la saison du renouveau. Le poète, en se limitant à ce seul terme renonce à la répétition des minutieuses descriptions habituelles dans ce genre de poésie. Le lecteur/auditeur auquel s’adresse ce genre de poème est dans un univers dont les éléments lui sont connus grâce aux autres poèmes du genre qui se répondent ainsi les uns les autres dans un répertoire qui accueille un mode d’expression bien défini. Ainsi les poèmes se font écho et s’éclairent mutuellement. Certains sont extensifs et offrent de longues descriptions, d’autres sont plus concis se contentant du strict nécessaire.  

 

L’évocation du raqîb, cet espion chargé d’épier les amants, est également très brève. Ce dernier est souvent l’objet de la dérision et du sarcasme de l’amoureux. Le poète l’évoque pour dire que les amants sont à l’abri de ses instigations et de sa surveillance. Pendant que ces derniers sont réunis, il se trouve loin d’eux. Mais l’utilisation du terme barra est assez curieuse car les retrouvailles des amoureux ont lieu à l’extérieur, dans un jardin. Il semble alors que le poète utilise ici une formule toute faite à moins qu’il ne veuille signifier que l'espion est à l’extérieur de l’univers paradisiaque où évoluent les amants. Le terme permet d’établir une sorte de barrière entre le monde des amoureux et celui des ennemis de l’amour.

 

Répétition de l’appel à l’ivresse. Une ivresse agréable qui procure de la joie et qui est vécue sans remords ni culpabilité.

 

Les belles qui réaparaissent sous la forme de gazelles que le poète humanise en les parant de bijoux et d’habits somptueux.

Publié dans poèmes andalous

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