IBN HAZM (1) L'OEUVRE: TAWQ AL-HAMÂMA

Publié le par Adab arabi


INTRODUCTION




1- LE TEXTE
Il existe un seul manuscrit, celui de l’Université de Leyde.
Assez mauvais, car il n’est malheureusement pas la reproduction intégrale de l’original ; le copiste a supprimé bien des passages, tant dans la prose que dans la poésie.
Mais des corrections ont été apportées au texte par des orientalistes comme Goldziher, Brockelmann et surtout W. Marçais.
C’est Dozy qui est le premier savant orientaliste à s’être intéressé au texte. Il en a traduit tout un chapitre dans son « Histoire des Musulmans d’Espagne ».
Ce n’est qu’en 1914 que le Professeur Petrof, de l’Université de St Pétersbourg, en publia une édition chez Brill, à Leyde.
Plus tard, en 1931, l’Imprimerie ‘Arfa, à Damas, en donna une édition sans aucun changement par rapport à celle de Petrof.

2- LES TRADUCTIONS
En 1931, en anglais par A.R. Nyckl.
En 1933, en russe par A. Salie.
En 1944, en allemand par Max Weisweiler
En 1949, en italien par Francisco Gabrieli.
En 1949, en français par Léon Bercher.
En 1952, en espagnol par E.G. Gomez.

3- LES ÉTUDES
a) L. Bercher : A propos du texte de « Tawq al-hamama » ; in Mélanges William Marçais, 1950, pp. 29-36 ;
b) Bulletin d’2tudes arabes, n°7, 1947, pp. 3-6 ;
c) E. Levy-Provençal :En relisant le « Collier de la colombe », in revue Al-Andalus, n° 15, 1950, pp 335-375 ;
d) W. Marçais : Textes à la mémoire d’Henri Basset II, 1928, pp. 59-88.




LE SUJET

Le sujet que traite Ibn Hazm n’est pas nouveau dans la littérature arabe. Plus d’un siècle avant lui, al-Djahiz avait déjà composé un petit traité sur l’amour: Fi l-‘ishq wa-nisà.
Au 10ème siècle, Ikhwan as-Safà et al-Mas’ùdì dans Murùdj adh-dhahab
Après Ibn Hazm :
Au 11ème siècle, al-Ghazali dans Mìzàn al’amal, sur l’amour mystique.
Au 14ème siècle, le hanbalite Ibn Qayyim al-Djawziyya répondait à la question : « comment guérir du mal d’amour ? » dans son Al-Djawàb al-kàfì li-man sa`ala ‘an al-dawà al-shàfì.
Au 16ème siècle, le médecin aveugle Dàwùd Ibn ‘Umar al-Antàkì reprend et remanie complètement le traité composé au siècle précédent par Ibràhìm al-Biqà’ì suos le titre Aswàq al-ashwàq, dans un ouvrage intitulé : Tazyìn al-aswàq bi-tafsìl ashwàq al ‘ushshàq..

Kitàb az-zahrà de Ibn Dàwùd : l’ouvrage a été introduit en Espagne au début du4ème/10ème siecle. Ahmad Ibn Faraj al-Djayyani a publié à sa suite un
ouvrage semblable intitulé Kitab al-hada’iq . Ibn Hazm connaissait les deux livres (voir I. Abbas p. 28 et suiv.)


PARTICULARITÉS du TAWQ

Léon Bercher (p.11) pense que de toutes les productions littéraires traitant de l’amour, le Tawq est la meilleure et la plus intéressante.
Elle se distingue entre autres par :
1°- son caractère vivant et original, personnel et actuel pour l’époque de l’auteur. Il n’y est point question des amours célèbres des temps passés (Majnùn et Laylà, Jamìl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza) et tous les autres types classiques de couples amoureux sont bannis du Tawq. L’auteur ne parle dans son ouvrage que de ce qu’il a vécu et éprouvé lui-même ou de ce qu’ont vécu des gens qu’il a connus et fréquentés (princes, ministres, savants, étudiants…).
2° - une poésie personnelle : sauf de rares exceptions, les poésie qu’il donne ont été composées par lui.
3° - une prose particulière : elle reflète sa fine psychologie, une justesse d’observation et elle offre un choix heureux d’anecdotes qui viennent illustrer au bon moment un exposé abstrait et distraire le lecteur.

PLAN GÉNÉRAL DE L’OUVRAGE

C’est à la demande d’un ami d’enfance d’Alméria, venu lui rendre visite dans sa résidence de Jativa(province de Valence) qu’Ibn Hazm composa ce petit traité. Il y aborde les circonstances dans les quelles naît l’amour, les vicissitudes qu’il traverse et le comportement qu’il impose aux amants.

L’auteur y parle d’abord de l’amour du point de vue philosophique et des différentes causes qui le font naître. Il réserve à chacune de ses causes un chapitre spécial.

Puis il traite des joies et des peines de l’amour et des qualités propres à certains amants. Dans son exposé, il respecte autant que possible le processus naturel du développement du sentiment amoureux, tout en opposant les unes aux autres les qualités contraires (discrétion/divulgation, soumission/insoumission, fidélité/infidélité…).
Il poursuite ensuite par l’oubli et la mort des amants.
Il clôt son ouvrage par deux chapitres moraux sur l’abomination du péché et sur les hauts mérites de l’abstinence. là, il montre toutes ses qualités d’éminent juriste et de futur polémiste :
- citation de hadiths selon la technique de l’isnad dont la chaîne part des informateurs immédiats pour remonter jusqu’au Prophète ;
- véritable cours de droit quand il traite du châtiment réservé par la loi divine à l’adultère.

CONCLUSION

I – Une œuvre qui continue une tradition d’épîtres sur l’amour ;

II- Un traité qui porte les marques d’une époque ;

III- L’œuvre d’un destin personnel ;

IV- Analyse psychologique, philosophique et sociale ;

V- Un art de la narration et de l’illustration poétique.

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