Les trois voluptés du monde: ثلاثة زهوة ومراحة

Publié le par Adab arabi

Voici dans  la tradition Malouf deux  chansons :

 ثلاثة زهوة ومراحة

يا ناس جرت لي غرايب 

 

 

La première, ثلاثة زهوة ومراحة  est une chanson très populaire du répertoire algérien dénommé "chaabi". Elle est de Cheikh Ben Omar, un poète du 19e siècle originaire de Marrakech au Maroc. 

Je donne la traduction qu'ÉLISSA RHAÎS a faite dans le cadre de  son roman, Saada la marocaine, (Plon,1930, pp.159 et suiv.).  Même si cette traduction comporte quelques écarts par rapport au texte arabe, je l'aime beaucoup et m'abstiens de donner ma version par respect et considération pour Elissa Rhaïs.

Une autre traduction intéressante de cette "qsîda" (poème) a été proposée parAhmed Amine Dellal dans son Anthologie: Chansons de la Casbah, ENAG éditions, Alger, 2006, pp.169-172.

 La deuxième chanson s'intitule :

  يا ناس جرت لي غرايب

Ce qui m'arrive est bien étrange, ô bonnes gens

 Je donne  le texte arabe suivi de ma traduction.  

 


 

 

Les trois voluptés du monde: ثلاثة زهوة ومراحة

 

Il est trois passions et voluptés

De leur amour, je ne suis jamais rassasié:

Le cheval, les femmes

Et les verres d'oubli.

 

Mon amour est pour la beauté puissante

Ses douleurs ont élargi ma plaie

Et la cause, ô assemblée des amoureux

Ce sont ces beautés qui brillent!

 

Un jour, elle sont arrivées à l'improviste, avec un air provocateur,

Elles sont venues visiter ma demeure,

Elles m'ont trouvé à cause de la brulure de l'amour

Saoûl sans liqueur.

 

Je leur ai dit: j'ai trouvé mon repos

Par votre amour ma joie est à l'extrême

Ce soir, nous ferons déborder

Les verres d'oubli.

 

La musique s'et élevée et mes souffrances se sont apaisées;

Ô la chance la chance de l'homme qui arrive à posséder la femme de sa destinée

Et qui s'épanouit dans la fête de ses désirs satisfaits;

Dieu l'a rendu victorieux!

 

Il passe ses soirées sur des tapis, dans la béatitude du repos,

Il ne cesse de s'enivrer de liqueurs,

Jusqu'à ce que Dieu le réveille

Dieu le Fort, le Miséricordieux.

 

Oh! Monter les chevaux rapides! Oh les verres pleins de liqueur!

Et les femmes de l'amour et du bonheur

Les passionnées des vases de fleurs

Celle-ci à celle-là dit: gazelle!

 

Sur leurs joues, des diamants lumineux,

Et la lune dans son premier soir,

Ou le soleil à son couchant

Qui s'étend sur les terrasses.

 

Les femmes, comme des mariées s'alignent en gradins dans la maison

Elles ont ont revêtu combien de diadèmes!

Elles s'alignent en gradins comme des gazelles

Dans un jardin magnifique comme un jardin de sultan.

 

Sous ce dôme victorieux, elles s'amusent provocatrices,

La plus puissante est la joie de ma vue;

Elle est forte de sa beauté et de sa prestance

Elle a triomphé de toutes les beautés.

 

Ce sont elles qui égaient le monde,

Ce sont elles la joie et le bonheur!

Ce sont les femmes et les coupes de vin

Et l'hôte parmi elles est un sultan!

 

La guitare et le rabab répondent avec harmonie

Le "Maya" et le "Goubbahi"*

On entend le chant des oiseaux

Sur les autels dans la verdure.

 

Nous avons eu des ivresses et des instants de volupté inestimables

Combien n'avons-nous pas bu de verres

Combien n'avons-nous pas aimé de beautés

Combien n'avons-pas combattu de cavaliers?

 

Le jour de la bataille, il y avait des chevaux fringants

J'étais monté sur mon cheval, les armes au vent

Et les filles de Dieu me saluaient toutes

De leurs terrasses...

 

Leur passion a assiégé mon coeur comme une citadelle,

j'ai des témoins qui pourraient vous le diire

ils ont une armée de volpuptueux autour de moi

Et moi je me suis fatigué à cacher ma passion.

 

Demandez aux gens experts et qui savent,

ils vous montreront ce que je sens,

C'est le bonheur suprême

Cela est vrai et sans mensonge.

 

 

Ô toi qui retiensle sens , prends la broderie de la poésie

Chante et dis-là avec clarté,

A dit le poète Ben Omar,

Le droit et l'ami de la vérité

 

Adresse-toi à ma bonté, je ne consentirai à rien par la force

Ou je ne ferai que ce qui pourrait me convenir;

Mets ton espoir en Dieu, Celui qui donne, Celui qui réjouit.

 

* Noms de modes de la musique andalouse et chaabi

 


يا ناس جرت لي غرايب      نشكي لكم تعدروني
رحلوا علي الحبايب      و الله قد يوحشوني
خلاوا في قلبي اللهايب    و الدمع جرح جفوني

خلاوني هايم و فاني     و حملت شلا نطيق
حتى جميع من يراني    يقول مسكين عشيق

 

Ce qui m'arrive est bien étrange, ô bonnes gens
vous me plaindriez si je vous racontais mes tourments
mes amis sont partis et m'ont abandonné
par Dieu, ils me manquent tellement
dans mon coeur, ils ont laissé un feu ardent
Et je pleure des larmes de sang
ils m'ont laissé errant comme un fou, anéanti par l'amour
j'ai enduré plus que je ne peux supporter
au point que tous ceux qui voient mon état
s'écrient: pauvre de lui, il est amoureux!

 

Traduction Saadane Benbabaali

 

 

 RHAÏS Elissa,pseudonyme de Rosine Boumendil (1876-1940),

la mystérieuse conteuse de Blida

 


 elissa_rhais.jpg

 

Rosine Boumendil naît à Blida, au pied de l'Atlas algérien, le 12 décembre 1876, dans le foyer modeste de Mazaltob Seror et de Jacob Boumendil, boulanger. Mariée très jeune au rabbin algérois Moïse Amar, Rosine met au monde trois enfants : Mireille qui meurt vers l'âge de vingt-deux ans, une seconde fille morte en bas âge et un fils, Jacob Raymond, qui prendra plus tard le nom de plume de Roland Rhaïs. Le couple divorce en 1914. Rosine épouse alors Mardochée (Maurice) Chemoul, riche négociant, qui lui offre une magnifique maison à Alger, " La Villa des fleurs ". C'est là qu'elle tient salon, charmant ses invités par des récits que ses admirateurs la pressent d'écrire et de faire connaître à Paris. Elle se décide à partir pour la capitale, accompagnée de son fils, de sa fille Mireille et de son neveu Raoul Tabet. Les éditions Plon acceptent immédiatement de publier son roman Saada la marocaine et signent avec l'auteure un contrat pour cinq ans. Pour la lancer, on lui donne le nom plus exotique d'Elissa Rhaïs, en lui forgeant une légende orientale la présentant comme une arabe musulmane, scolarisée jusqu'à douze ans, enfermée ensuite dans un harem dont elle s'extrait pour écrire des histoires en français.
De 1919 à 1930, Elissa Rhaïs réside tour à tour à Blida et à Paris. Elle signe une quinzaine de romans chez de grands éditeurs parisiens : Plon, puis Fayard et Flammarion. Ses oeuvres plaisent au public si on en juge par leurs multiples rééditions : vingt-six pour Saada la Marocaine, dix-neuf pour Les Juifs ou la fille d'Eléazar, dix-sept pour La Chemise qui porte bonheur… Les critiques français saluent le talent de cette " petite orientale ", ou " le don atavique de cette fille de conteurs arabes ". Mais en Algérie, où chacun sait qu'Elissa Rhaïs est juive et que son pasage dans un harem est pure invention, ses coreligionnaires apprécient très modérément les descriptions peu flatteuses qu'elle fait des juifs dans ses romans.
Après 1930, son talent de conteuse semble tari. Pendant les dix dernières années de sa vie, elle ne publie rien et tombe dans l'oubli. Elle meurt brutalement à Blida, sa ville natale, le 18 août 1940. Elle avait soixante-quatre ans.

En 1982, alors que son nom n'est depuis longtemps connu que de quelques spécialistes, il défraie à nouveau les chroniques littéraires avec la sortie du livre Elissa Rhaïs écrit par son petit-neveu, Paul Tabet. Ce dernier accuse sa grand-tante de s'être approprié des œuvres écrites par son père, Raoul Tabet. Mais cette accusation ne dévoile en fait qu'une pratique relativement courante en littérature. Jean Dejeux, spécialiste en littérature francophone maghrébine, pense qu'à l'instar de beaucoup de romanciers, Elissa Rhaïs a effectivement fait appel aux services d'un " nègre ", en l'occurrence son neveu Raoul TabetJean Dejeux, p. 72.. En exhumant cette supercherie, Paul Tabet a surtout contribué à raviver l'intérêt pour cette femme de lettres juive oubliée, qui avait été la première connue hors des limites de la colonie. Depuis, la télévision s'est aussi intéressés à la romancière et Jacques Otmetzguine a réalisé en 1993, le téléfilm Le secret d'Elissa Rhaïs. Deux ouvrages d'Elissa Rhaïs ont ensuite été réédités et, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'État d'Israël en 1998, une nouvelle inédite, " Les enfants de Palestine ", a été intégrée à une anthologie de textes français sur Israël.
Son roman Les Juifs ou la Fille d'Eléazar a été réédité en 1997 sous le titre moins connoté, La Fille d'Eléazar. Dans un passage de cet ouvrage, Elissa Rhaïs décrit, lors d'une cérémonie de mariage, la gêne des invités encore habillées à " la juive " et relégués loin du grand salon d'apparat :

La vieille Miriem monte la garde. Dès que, par la porte de sa cuisine entrebâillée, elle voit pénétrer un visiteur vert bouteille ou café au lait, elle accourt le tirer d'un pan de son burnous. Et tout bas : Par ici ! Par ici ! lui souffle-t-elle en désignant le petit salon rose.
Les bons juifs se laissent conduire. Mais lorsque, un moment, ils se sont contemplés les uns les autres. parmi les bergères aux rubans roses et les petites tables dorées, qu'ils se voient enfermés là comme dans une salle d'attente, tandis que derrière la porte s'entendent le frou-frou des robes de soie, le crissement des fracs qui passent, la plupart comprennent la distinction. Ils se retournent contre la vieille Miriem.
- Pourquoi, pourquoi, lui disent-ils, on nous reçoit ici ? Nous sommes venus, c'est pour la figure de la mariée et de rabbi Eléazar. C'est pas pour voir la figure de ces sauvages et leur petit salon de poupées ! Pourquoi on nous reçoit pas dans le grand salon avec tout le monde ? […]
- Non... C'est pas pour ça..., bredouille Miriem, c'est parce que vous êtes habillés à la juive...
- Et après ?... Nous sommes des juifs, on le sait. Qu'est-ce qu'y a ? Tu crois qu'eux, la familiate des Saffar, on sait pas qu'ils sont des juifs ? On le sait, n'aie pas peur ! Les juifs, ça se cache pas, même si ça se mettait dans le ventre d'un poisson ! […]
Les invités, pour la plupart ignorants des coutumes juives, se groupent curieusement autour des époux.
Rabbi et ses disciples ont revêtu leurs écharpes de soie blanche. Et soudain en chœur, ils entonnent les Proverbes de David. Les voix montent, chaudes, puissantes, dans le silence qu'interrompt seulement la rumeur du port. La nombreuse assistance, sans le comprendre, admire ce vieillard dont l'austère profil, parmi les élèves, se découpe dans le jour crépusculaire. et qui, ardent, sincère, couvant sa fille du regard, psalmodie des paroles que l'on devine profondes. La femme forte, qui la trouvera ? Bien au-dessus des pierres précieuses est sa valeur. […]
M. Edmond a pris doucement la main de sa femme. A l'index droit, il lui passe l'alliance de famille, une émeraude et un saphir croisés, symbole de l'union des cœurs. Rabbi Eléazar fait circuler de bouche en bouche un verre du vin sacré. Mamma Esther, Rachel et la vieille Miriem poussent quelques you-you craintifs. Tandis que les juifs. dans le salon des jeunes filles, s'exaspèrent, et que Fathouma. assise derrière la porte de la cuisine, pleure dans ses pantalons neufs Debourah qu'on lui a prise, et qu'on ne lui permet point d'entrer au salon pour voir et embrasser.Elissa Rhaïs, 1997, pp. 80-82

 

Lien:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Elissa_Rha%C3%AFs

Publié dans poèmes andalous

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Aicha 11/06/2017 03:54

Merci pour cette traduction :)