Nawba arabo-andalouse et âla marocaine

Publié le par Adab arabi

 

Nawba arabo-andalouse et âla  marocaine

 

L'Ensemble Temsamani de Tétouan

En concert à l'IMA

Le 4 Novembre 2011

2e partie

 

 

Zainab Afailal chante un poème soufi :

qad kountou ahsibou anna waslaka youchtara:

 

قد كنت أحسب أن وصلك يشترى     بنفائس الأموال والأرباح

وظننت جهلاً أن حبك هين              تفنى عليه كرائم الأرواح

حتى رأيتك تجتبي وتخص من               تختاره بلطائف الأمناح

فعلمت أنك لا تنال بحيلة                 فلويت رأسي تحت طي جناح

وجعلت في عشِّ الغرام إقامتي               فيه غدوي دائماً ورواحي

   

Je croyais qu'on pouvait acheter ton amour
Avec les fortunes et les biens les plus précieux
Par ignorance, je croyais que ton amour était facile à obtenir
Jusqu'à ce que je m'aperçoive que tu choisis
celui à qui tu réserves tes dons les plus subtils
J'ai compris alors que l'on ne pouvait obtenir ton amour par la ruse
J'ai caché ma tête sous la protection de Ton aile
et j'ai établi ma demeure dans le nid de l'Amour
Et c'est là que je résiderai à jamais.
Essai de traduction: Saadane Benbabaali

 

La ‘âla représente la tradition classique de la musique marocaine. Elle est issue, comme le malûf tunisien ou la san‘a algérienne du patrimoine musical arabo-andalou. Les maîtres actuels de la musique andalouse sont les héritiers de l’illustre Ziryâb[1], musicien hors pair, disciple d’Ishâq al-Mawsilî[2]. Celui dont le surnom signifie le « Merle noir », s’installa en terre d’al-Andalus au début du 9e siècle et fut à l’origine du système musical qui, après de multiples élaborations et réajustements, fut transmis au Maghreb par les Andalous musulmans chassés d’Espagne. La ‘âla se pratique dans plusieurs écoles dont les plus connues, au Maroc, sont celles de Fès, de Tétouan, de Rabat et de Tanger. Elle comprend un répertoire divisé en nawbâtes dont 11 sont encore connues sur les 24 qui existaient à l’origine.

 

La nawba, désignée par le nom du mode (tab‘) dans lequel elle est jouée,  est une suite de pièces instrumentales et vocales[3]. Celles-ci s’ordonnent selon cinq phases ryhtmiques (miyâzen, sing. mizân) à mesures différentes dont les caractéristiques sont les suivantes :

-       Al-bsît composé de six unités de temps avec un accent mis sur les premier, deuxième et cinquième temps ;

-       Al-qâ’im wa nisest un rythme à huit unités avec des accents portant vers les premier, quatrième et cinquième temps ;

-       Al-b’tayhi à huit unités réparties en 3+3+2 temps avec des accents désormais sur le premier, quatrième et septième temps ;

-       Al-darj repose sur quatre temps avec syncope prolongée sur deux noires ;

-       Al-quddâm est un rythme simple à trois temps devenant ternaire à deux temps à la phase insirâf.

 

La nawba débute généralement par un prélude instrumental non rythmé qui lui est propre appelé mshâliya. Il s’agit d’une série de phrases musicales qui résument les thèmes essentiels du mode et installent l’auditeur dans l’univers particulier du tab’ (mode, tempérament, humeur)

Par ailleurs, chaque phase rythmique de la nawba forme elle-même un ensemble débutant par une bughya (prélude), une ouverture instrumentale (shiya) et parfois d’un distique chanté (baytayn ou inshâd). Lors de l’inshâd, le chanteur soliste est soutenu discrètement et sans rythme par un ou plusieurs instruments. Ce moment constitue pour lui l’occasion de réaliser ses prouesses vocales et d’établir un« dialogue » avec le public des connaisseurs qui laissent alors s’exprimer toute leur émotion.

Ensuite les percussions entrent en jeu et commence la série des chansons (san‘ât), strictement rythmées et menées sans interruption jusqu’à la fin du cycle.

 

L’ensemble andalou est tenu de respecter l’unité de rythme et de mode. En outre, chaque phase rythmique doit respecter la continuité dans l’exécution. Pour empêcher la monotonie, de s’installer, les musiciens opèrent une accélération d’une manière insensible à partir de certains points et entre certaines limites.

 

Une phase rythmique comprend les étapes suivantes :

1.    La tasdîra qui est la première chanson de mouvement assez lent et majestueux. C’est elle que les connaisseurs recherchent à cause des pièces de choix qu’elle offre;

2.    Les san‘ât muwassa‘aqui sont une série de chants dont le tempo s’accélère graduellement ;

3.    Al-qantara al-ûlâ ou premier « pont ». c’est une chanson dont le mouvement est une transition vers le rythme rapide ;

4.    Un intervalle constitué par une ou plusieurs chansons (inshâd ou mawwâl). Il s’agit le plus souvent d’un solo vocal ponctué par les solos des divers instruments ;

5.     Al-qantara al-thâniyâ ou deuxième « pont » qui marque le passage vers la phase la plus rapide ;

6.    L’insirâf, qui est la phase allègre et dansante que le large public affectionne particulièrement. Elle va en s’accélèrant de plus en plus jusqu’au chant de clôture (al-qfal).

 

Tous droits réservés

Saadane Benbabaali

Livret musique de Tetouan, IMA



[1] Il s’agit d’Abû al-Hasan ‘Alî Ibn Nâfi‘ (789-857).

[2] Musicien officiel du calife abbaside Harun al-Rashîd (786-809), il dirigea le grand « conservatoire » fondé par le souverain à Baghdad.

[3] Cf. Chottin (Alexis): Tableau de la musique marocaine, P. Geuthner, Paris, 1938.

 

Publié dans poèmes andalous

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